Elles tracent leur (la) voie
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« Le choix d’une spécialité pointue et de relations humaines privilégiées »
Bac en poche, Marie Bey suit la voie familiale (ses parents sont médecins) et entre à la faculté de médecine à Paris sans aspiration particulière. Elle découvre la chirurgie pédiatrique lors d’un stage et « cela a été un vrai coup de coeur. J’ai tout de suite aimé cette chirurgie très délicate et l’idée de traiter les malformations congénitales. La relation avec la famille et l’enfant est aussi très riche humainement. Comme pendant l’opération, il faut être le plus précis possible, choisir les mots justes pour ne pas inquiéter. »
En choisissant la chirurgie, Marie Bey se confronte à un milieu très masculin, voire sexiste « où les jeunes étudiantes se font couper la parole, subissent les blagues déplacées et sont regardées comme des objets. Je me souviens d’un stage en urologie dans un établissement parisien où je n’osais pas parler, je n’aurais pas dû accepter cela. J’ai eu mon premier enfant pendant mon internat et très vite repris ma place à l’hôpital. Je n’ai jamais demandé à partir plus tôt pour aller chercher mon bébé. Avec le recul des années, c’est un regret… mais à 25 ans, dans un milieu d’hommes, c’était difficile.
Aujourd’hui, les regards ont changé, les facs de médecine se sont féminisées, les femmes assument d’être mamans et organisent leur emploi du temps en conséquence. Et les papas aussi ! En tant que femme, nous devons être vigilantes, il m’est arrivée d’être témoin d’une situation inappropriée et d’en parler avec les stagiaires. »
Cette spécialité de niche, qui compte 250 spécialistes en France, la Costarmoricaine d’adoption l’exerce depuis 2010 au centre hospitalier de Saint-Brieuc, au sein d’un service féminin et bienveillant. « Après les cinq années d’internat, un poste au centre hospitalier de Saint-Brieuc était vacant. J’ai postulé et j’y suis restée car je m’y plais beaucoup », confie avec enthousiasme la chirurgienne, qui est aussi vice-présidente de la Commission médicale d’établissement et cheffe du pôle de chirurgie-anesthésie par intérim.
« Nous avons besoin de multiplier les regards féminins »
Marie Casagranda est responsable de la programmation artistique du centre culturel de Pordic, La Ville Robert, depuis 2010. « J’ai pris mes fonctions le jour du premier anniversaire de ma fille. Ce détail est fort de sens. Ma vie se déploie alors dans un double élan : accompagner un enfant qui grandit et porter un lieu culturel qui cherche son identité. Je découvre la charge invisible : penser à tout, organiser, prévoir, rassurer. Être présente au travail le soir, le week-end, et continuer à tenir l’équilibre familial. »
Être une femme à la tête d’un projet artistique et culturel, pour Marie Casagranda, « c’est naviguer dans un contexte où l’autorité féminine est parfois questionnée. Il faut souvent prouver sa légitimité : gérer un budget, décider, conduire un projet. Alors on travaille beaucoup, on anticipe, on absorbe, on compense. »
La responsable de la programmation artistique estime que « les femmes dans la culture transforment les manières de faire, notamment les modèles de gouvernance. Ma manière de piloter repose sur la coopération, la confiance et l’exigence, explique-t-elle. Je crois à une dynamique de travail où dialogue, créativité et liberté coexistent avec une vision artistique claire et des responsabilités assumées. » Son cap : « construire un projet culturel hospitalier ancré dans son territoire, porté par une programmation curieuse, vivante et exigeante, attentive et accessible au plus grand nombre. »
Dans ses choix artistiques, Marie Casagranda affirme une sensibilité aux écritures artistiques féminines, « longtemps minorées, invisibilisées ou considérées comme périphériques. Il ne s’agit pas d’opposer les genres, mais de reconnaître que l’histoire culturelle a privilégié un regard majoritairement masculin. En tant que programmatrice, j’ai la responsabilité d’élargir le champs des représentations. Nous avons besoin de multiplier les regards féminins pour élargir notre manière de penser le monde. Programmer des artistes femmes, ce n'est pas cocher une case. C'est rééquilibrer un récit, c'est participer à une réparation symbolique et à une transformation durable du paysage culturel. »
Faire une place, aussi, aux hommes inspirants
Mettre en lumière un territoire créatif
Journaliste de formation, Marie-Laure Ribault-Charles a été cheffe d’entreprise pendant 20 ans dont plus de dix, seule aux manettes de Katell Mag, magazine gratuit distribué dans les commerces du département. « J’en avais assez qu’on présente les Côtes d’Armor comme le parent pauvre de la Bretagne. Avec Katell, j’ai voulu mettre en lumière des initiatives et des
personnes du territoire inspirantes », assure-t-elle.
Montrer des femmes et… des hommes
« Au départ, Katell était destiné à donner une plus grande visibilité aux femmes dans la presse, raconte-t-elle. Mais en 2018, le mouvement #balancetonporc m’a fait réagir : sans remettre en question le fond, j’ai détesté le mot porc. J’ai voulu proposer un numéro qui prônerait l’équité avec des pages dédiées aux hommes. » Le succès de Katell & Marcel est immédiat
et ce qui ne devait être qu’un numéro exceptionnel devient la nouvelle formule du magazine. « Avec Katell & Marcel, on a proposé des portraits d’hommes qui changeaient un peu : plus larges, moins focalisés sur la technique ou sur l’expertise. Comme pour les femmes, je voulais faire découvrir la personne derrière le statut, la profession. »
Inspirer
Au-delà de montrer le territoire, « Katell & Marcel a incité des personnes à créer leur entreprise ou à tisser des liens avec d’autres acteurs locaux. Cela a donné une autre dimension à mon travail de journaliste, celle d’actrice de mon territoire. »
S’imposer par la compétence
« Comme toute cheffe d’entreprise, j’ai dû gérer beaucoup de choses et partir en vacances avec mon ordinateur… J’ai eu la chance d’être bien entourée et de rencontrer les bonnes personnes, confie Marie-Laure Ribault-Charles. En tant que femme, je n’ai eu qu’une seule remarque déplacée et j’ai remis le cadre tout de suite. C’est sans doute une chance. J’applique ce que j’ai appris en école de journalisme : on ne parle bien que de ce qu’on connaît bien. Peut-être que cette posture suffit. »
Passer la main
Après 13 ans à la tête de Katell & Marcel, Marie-Laure Ribault-Charles a transmis son entreprise. « Une décision pour éviter de s’essouffler. Pour que le magazine continue son chemin, il était important qu’il soit porté par une nouvelle dynamique, une autre vision… plus jeune. » Marie-Laure, qui a passé le flambeau à Anne-Sophie, est aujourd’hui salariée et travaille sur un projet de podcast « pour continuer à rencontrer des gens inspirants ».
« Il faut faire éclater ce fameux syndrome de l’imposteur »
Laurence Falkenstein est codirectrice d’Avant-Premières, coopérative d’activités et d’emploi des Côtes d’Armor, depuis 2016. « Sylvain [Couanon] et moi travaillions déjà chez Avant-Premières et notre directeur nous a bien préparés à prendre sa succession, raconte-t-elle. Nous sommes complémentaires et fonctionnons très bien ensemble. »
La même année (jusqu’en 2022), elle devient coprésidente de Rich’ESS, pôle d’économie sociale et solidaire. « J’avais 32 ans, j’étais jeune maman et je n’avais pas de modèle de femmes en position de responsabilité, confie-t-elle. La première année n’a pas été simple... »
Avant-Premières, depuis sa création, accompagne davantage de femmes que d’hommes. Sur 145 personnes accompagnées en 2025, par exemple, 74 % sont des femmes. Or, elles ne représentent "que" 30 % des créateurs d’entreprise. « Cela révèle certainement un besoin d’être entourées, de sécuriser leur création d’entreprise », analyse Laurence Falkenstein.
La codirectrice remarque que beaucoup de femmes entrepreneures souffrent du syndrome de l’imposteur. « Elles pensent ne pas être légitimes, ne pas avoir assez d’expertise...C’est peut-être pour cette raison qu’elles ont aussi du mal à se payer correctement, à demander une juste rémunération. » Laurence Falkenstein constate, en parallèle, une pression financière familiale associée à une volonté de concilier vie professionnelle et maternité.
Malgré tout, la souriante dirigeante est optimiste. Un exemple : « Quand j’ai commencé dans l’économie sociale et solidaire, en 2010, le monde économique était très polarisé entre les entreprises "classiques" et celles de l’ESS. Aujourd’hui, on demande des comptes à toutes les structures sur leurs pratiques sociales, sur leur impact environnemental… et l’ESS infuse un peu partout. »
Son seul regret : que les femmes soient encore peu présentes aux postes politiques. « Sans doute, encore, ce fameux syndrome de l’imposteur qu’il faut faire éclater! »
« Notre force, c'est ensemble »
L’entreprise Raux-Gicquel conçoit et fabrique des escaliers sur-mesure, en bois, dans ses ateliers à Binic-Étables sur Mer. Entrée en 1997 dans l’entreprise familiale pour un remplacement, Isabelle Raux est fière d’en être la dirigeante. « J’ai appris toutes les étapes du métier, je me suis formée au fur et à mesure. On peut dire que j’ai grandi dans l’entreprise ! Le milieu du bâtiment est plutôt masculin, mais cela ne m’a jamais dérangée. L’activité a bien progressé, j’emploie aujourd’hui 65 personnes dont six femmes, plutôt sur des métiers administratifs. J’ai intégré dans mes équipes une apprentie en atelier et un compagnon du devoir femme, en menuiserie. Je note depuis dix ans une hausse des candidatures féminines pour des postes en atelier. »
« J’ai une approche familiale de ma fonction de manager, l’entreprise c’est aussi une famille. Je suis à l’écoute de mes équipes, dans le dialogue et l’échange. Nous avons résolu plusieurs problématiques en concertation. Ce sont elles les sachantes ; notre force c’est ensemble. »
Pour faciliter ces échanges Isabelle Raux a mis en place un comité de direction depuis deux ans. Composé des responsables de service (administratif/commercial/devis-gestion de projet/bureau d’études/production/pose/maintenance), il se réunit une fois par mois et en cas de besoin.
L’ensemble du personnel se retrouve également une matinée par an, pour une présentation de la situation de l’entreprise et des projets. Des team-building ludiques sont aussi proposés régulièrement. « Nous avons fêté les 40 ans de l’entreprise l’année dernière à Art Rock. J’avais privatisé un espace pour les salariés et leurs conjoints, quelques clients et partenaires. Nous avons projeté un film retraçant l’histoire des Escaliers Raux-Gicquel. C’était festif et convivial », ajoute Isabelle Raux.
La dirigeante a récemment ouvert le capital à un nouvel actionnaire, salarié de l’entreprise depuis 2017, en tant que responsable de production et des achats. « Après quatre années seule à la tête de Raux-Gicquel, suite au départ à la retraite des fondateurs, je suis contente d’être épaulée. Cela s’est fait tout naturellement », conclut avec enthousiasme la dirigeante.
« Il faut, dès le départ, prendre sa place »
Directrice commerciale au sein d’un groupe allemand, Edwige Guillon était toujours entre deux déplacements. Crise sanitaire oblige, les voyages professionnels s’arrêtent et Edwige prend goût à la sédentarisation. L’idée germe alors de reprendre une entreprise.
Sa nouvelle vie, personnelle et professionnelle, commence par sa rencontre avec Sébastien. Le couple décide de reconvertir l’activité agricole de Sébastien (élevage de cochons) en culture de céréales et oléagineux, sur leurs 110 hectares de terres, entre Trémuson et Pordic. Et fabriquent sous l’appellation Ferme de la Belle Noé une gamme 100 % locale d’huiles, de farines et de moutardes.
En plus d’apprendre un nouveau métier, la dynamique Edwige s’investit dans diverses structures pour partager son expérience et défendre les droits des femmes.
Présidente du groupe égalité / parité à la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor
Sur les traces d’Anne-Marie Crolais (1), Edwige a accepté en 2025 la présidence de ce groupe actif d’une vingtaine de membres. « Parce qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des responsabilités et d’affirmer sa position en tant que femme. Aux commerciaux qui viennent à la ferme et me demandent de parler au patron, je suis ravie de leur répondre, c’est moi le patron, je ne choisis pas que la couleur du tracteur… Il faut, dès le départ, montrer qu’on est légitime. » Le groupe se réunit six fois par an sur une thématique différente ; c’est aussi l’occasion pour les agricultrices de sortir de leurs fermes et de se rencontrer.
Vice-présidente du réseau Bienvenue à la ferme
« J’arrive d’un milieu différent et beaucoup de choses m’interpellent dans le monde agricole. Pour moi, c’est naturel et évident de donner davantage de visibilité au métier d’agriculteur, de valoriser le circuit court et la production locale. Il faut aussi améliorer nos circuits de distribution, rendre nos produits attractifs avec de jolis packagings et étiquettes. C’est important d’être dans ces réseaux pour mutualiser les compétences et outils. »
Membre de la cellule Agrimédiation de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor
Edwige prend, ici, sa casquette de commerciale pour faire connaître aux professionnels (agriculteurs, techniciens des coopératives ...) et à leurs partenaires (syndicats, banques, assureurs, MSA …) le service de médiation qui peut être mobilisé, en cas de conflit entre associés. Et pour être sûre de ne pas s’ennuyer, Edwige n’hésite pas à participer aux animations “La tête de l’emploi” organisée par la Chambre de métiers dans les écoles ; à accueillir des étudiants pour leur faire visiter la ferme ; à travailler avec l’association SOS nutrition pour valoriser les productions locales et le produit brut.
(1) Fille d’agriculteurs bretons, qui s’est battue pour les droits des femmes : formation, statut social, salaire, retraite, assurance.
« L’aménagement : un levier pour faire société »
Quand elle sort diplômée de l’école d’architecture de Versailles et de la faculté La Sapienza de Rome, Sophie Ricard a trois ambitions : se consacrer aux logements sociaux, construire les projets avec ceux qui vont les vivre et ne rien démolir. « Pour moi, l’architecte doit changer de méthode : mettre plus de matières grises dans les opérations que de matières premières ! Les ressources ne sont pas infinies. Or, au début des années 2000, c’est la première fois, hors période de guerre, qu’on démolit autant. »
Elle est convaincue par le travail de Patrick Bouchain, architecte et urbaniste pionnier du réaménagement de lieux industriels en espaces culturels tels que Le Lieu Unique, à Nantes. « Il a aussi initié et défendu une méthode de création collective qui associe habitants, ouvriers, architectes, collectivités locales... » Alors qu’il “s’ouvre” au logement social, Patrick Bouchain confie à la jeune architecte une opération à Boulogne-sur-Mer. « Je voulais le faire ! J’avais 25 ans et je n’avais peur de rien. » Pourtant le projet est complexe : réhabiliter 60 petites maisons occupées essentiellement par des gens du voyage sédentarisés et des marins-pêcheurs à la retraite. « Les 250 habitants de la rue Auguste Delacroix vivent tous en dessous du seuil de pauvreté. La rue est devenue une zone de non-droit où il n’y a plus d’éclairage public, plus de collecte des déchets... »
Sophie Ricard suit la méthode Patrick Bouchain, s’installe sur place pour mener, pendant trois ans, ses permanences architecturales. « Je rencontre chaque habitant, j’écoute leurs besoins, j’observe leurs façons de vivre. Et on crée un jardin avec les enfants ; on réhabilite chaque maison selon les attentes des familles ; certains habitants nous aident à réaliser les travaux ; des chantiers écoles sont menés sur place… Cette démocratie active responsabilise » et rétablit un peu de sérénité dans le quartier.
Le chantier de Boulogne-sur-Mer terminé, elle part sur celui de l’Hôtel Pasteur, à Rennes. Il s’agit d’imaginer une nouvelle vie à cet ancien bâtiment universitaire, situé en plein centre-ville. « On ouvre notre bureau sur place, on teste des usages avec les Rennais, on va les chercher… » Ses 6 000 m2 deviennent un lieu partagé entre trois entités : un hôtel, une école et un édulab.
Forte de ces expériences, Sophie Ricard est sollicitée, en 2019, par la Ville de Saint-Brieuc pour trouver une alternative à la démolition des tours du quartier Balzac en pleine rénovation urbaine. Elle aménage son bureau au rez-de-chaussée d’une des tours et s’installe à Saint-Brieuc. Si les tours sont finalement détruites, l’architecte reste sur place. « J’adore cette ville, sa complexité géographique et économique, son histoire, son passé ouvrier, sa diversité culturelle… J'ai vraiment envie de m’impliquer dans sa réparation. »
C’est dans la réinvention de la Maison du peuple que la bouillonnante architecte s’investit en 2025. Le bâtiment historique, pour des raisons de sécurité, ne peut pas être réhabilité. Mais l’esprit des lieux peut revivre ailleurs. Ce sera dans 300 m2 à l’étage de l’espace Curie (rue Le Dantec). Sophie Ricard applique sa méthode habituelle : les futurs occupants investissent les lieux pour les repenser. Une charte sur le projet philosophique et sur les modalités de gestion est en cours de rédaction. Et les travaux – « avec un budget frugal » – devraient démarrer cette année.
En tant que femme, dans un secteur du bâtiment et de l’architecture très masculin, elle a dû faire sa place pour imposer sa patte. Mais rien n’affecte sa passion, sa conviction que la participation active peut réactiver la démocratie locale, que l’aménagement est un levier pour refaire société.
« On ne naît pas cheffe d'entreprise, on le devient »
« Je voulais devenir manager, assure Christelle Ouléa qui a occupé plusieurs fonctions dans une banque, à Paris : gestionnaire immobilier, responsable marketing, puis communication et événementiel. Mais ça ne venait pas… » Alors, pour arriver à ses fins, elle décide de créer sa propre entreprise. Les glaces ? « C’est une collègue qui m’a ouvert les yeux. Elle m’a dit :
“ Tes glaces, elles sont délicieuses. Pourquoi tu ne les vendrais pas ?! ” C’est devenu une évidence ! » Le lendemain, Christelle se renseigne pour savoir comment devenir artisane-glacière et commence à mettre de l’argent de côté.
En parallèle de son travail, elle suit, pendant quatre ans, une formation d’artisane-glacière. Elle est accompagnée par l’incubateur INNÔZH pour affiner son projet : créer des glaces sans additifs qui allient saveurs africaines et bretonnes.
En 2021, elle lance officiellement son entreprise, à Planguenoual. « Jusqu’en 2024, j’ai cumulé mon activité de cheffe d’entreprise avec celle de salariée en agence bancaire », raconte la bouillonnante dirigeante de C’Doudeh. C’est à cette date aussi qu’elle acquiert ses locaux actuels, dans la zone de Chaptal, à Saint-Brieuc. « On ne naît pas cheffe d’entreprise, on le devient, confie Christelle Ouléa. J’ai appris à canaliser mon énergie et mes idées, à ne pas brûler les étapes, à être prudente pour durer... » Sa plus grande difficulté : « Concilier ma vie de maman et celle de cheffe d’entreprise. » Parfois aussi, elle sent qu’on ne la prend pas au sérieux parce qu’elle est une femme. « Mais il faut apprendre à se faire entendre, à mettre ses émotions de côté, à être rationnelle et solide. »
Ses conseils pour les femmes qui souhaitent devenir entrepreneure : « N’ayez pas peur de briser les codes, écoutez les conseils et osez aller vers des métiers inattendus. Moi, je cumulais les prétendus handicaps pour devenir cheffe d’entreprise : femme, noire, du 93, sans famille issue de l’entrepreneuriat… »
Les ReBelles : une histoire de résilience
Kristel Bonin et Christelle Krawczyk se connaissent depuis plus de 30 ans. Toutes les deux ont été touchées dans leur chair ou dans leur entourage par le cancer. Une expérience qui leur a donné envie d’ouvrir une boutique spécialisée. « L’idée est qu’une personne en traitement ou guérie puisse trouver tout ce dont elle a besoin dans un même lieu : prothèses mammaires
et capillaires, lingerie adaptée, onco-cosmétiques, bandeaux pour poche à stomie... »
Avant de passer le pas, elles ont dû se former à la faculté de pharmacie en parallèle de leurs emplois de responsable d’agence de voyages et de commerciale. Un diplôme est en effet nécessaire pour pouvoir délivrer des prothèses mammaires externes.
Une fois la Covid passée, les deux quinquas ont tout plaqué pour rejoindre les Côtes d’Armor d’où Kristel Bonin est originaire. Elles ont bénéficié du Pass Création qui leur a permis de tester leur idée, de s’assurer que leur projet était viable. « Ensuite, nous avons été guidées dans toutes les étapes préalables au lancement du projet, racontent-elles. Et encore aujourd’hui, au bout de deux ans d’activité, on peut compter sur le soutien de notre conseiller. »
Installée au Carré Rosengart, sur le port du Légué (Saint-Brieuc), la boutique Les ReBelles est conçue pour préserver l’intimité et assurer le confort des clients. « On conseille de prendre rendez-vous, explique Christelle Krawczyk. Cela permet de se consacrer pleinement aux clients qui ont besoin d’attention, d’écoute, de douceur… Ce n’est pas facile de venir essayer une perruque ou une prothèse mammaire. Mais au bout d’un quart d’heure, les personnes sont souvent plus à l’aise. » Il faut dire que Kristel et Christelle savent trouver les bons mots et orienter, au besoin, vers des interlocuteurs compétents. « Notre rôle, c’est bien plus que de la vente, assurent-elles. On redonne de l’estime de soi et du sourire. »
